Manifestations en France
En France, descendre dans la rue fait partie de la vie politique, au même titre que voter. De la prise de la Bastille aux cortèges contre la réforme des retraites, chaque génération a connu sa grande manifestation. Certaines ont arraché des droits nouveaux, comme les congés payés en 1936. D'autres ont fait tomber un projet de loi, et beaucoup se sont soldées par un échec.

Manifester, un réflexe français
Pour beaucoup de Français, manifester n'a rien d'exceptionnel. C'est une façon ordinaire de peser sur les décisions publiques, héritée de la Révolution et protégée par le droit.
Un droit né en 1789
Le 14 juillet 1789, la foule parisienne prend la Bastille, où elle ne trouve que sept prisonniers. L'événement devient le symbole d'un peuple qui impose sa volonté dans la rue. Il donnera son nom à la fête nationale, instaurée par la loi du 6 juillet 1880.
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 pose les bases du droit de manifester. Son article 10 protège la « manifestation » des opinions tant qu'elle ne trouble pas l'ordre public. L'article 11 fait de la libre communication des pensées « un des droits les plus précieux de l'homme ».

Le Préambule de la Constitution de 1946 ajoute l'action syndicale et le droit de grève, qui « s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent ». Depuis le décret-loi du 23 octobre 1935, toute manifestation en France doit être déclarée à l'avance en mairie ou en préfecture. Ces règles figurent aujourd'hui dans le Code de la sécurité intérieure, aux articles L211-1 à L211-4.
Depuis une décision de janvier 1995, le Conseil constitutionnel protège le « droit d'expression collective des idées et des opinions ». En avril 2019, il a censuré la possibilité pour un préfet d'interdire à une personne de manifester. Il a jugé cette atteinte non « adaptée, nécessaire et proportionnée ».
Un référendum de rue
L'historienne Danielle Tartakowsky, spécialiste du sujet, résume ce rôle : la manifestation est devenue en France « une forme d'équivalent au référendum populaire ». Les citoyens y expriment un désaccord sans attendre la prochaine élection.
La géographie de Paris garde la trace de cette histoire. La gauche et les syndicats défilent traditionnellement dans l'est de la capitale, entre République, Bastille et Nation, près de l'ancien faubourg Saint-Antoine. La droite a plutôt investi les lieux de l'ouest parisien, comme les Champs-Élysées.
Le paradoxe français tient aux syndicats. Selon la Dares, seuls 10,3 % des salariés étaient syndiqués en 2019, contre 16,7 % en Allemagne. Ces organisations restent pourtant capables de réunir des centaines de milliers de personnes lors d'une journée d'action.
En chiffres

En France, manifestations et grèves se mesurent en millions de participants et en journées de travail perdues. Pour estimer le nombre de manifestations en France par an, Paris sert de repère. En 2019, la préfecture de police a géré 7 000 événements sur la voie publique à Paris et en petite couronne. Parmi eux, 5 600 relevaient du maintien de l'ordre. L'ensemble a réuni 10,5 millions de participants, contre 5,3 millions en 2008. Un tiers de ces manifestations portait sur des pays étrangers.
La grève suit la même logique. Entre 2010 et 2019, les grèves ont fait perdre chaque année à la France environ 128 jours de travail pour 1 000 salariés. L'Allemagne n'en perdait que 17, selon l'Institut syndical européen (ETUI). Dans les entreprises privées, la Dares a compté 171 jours pour 1 000 salariés en 2023, l'année de la réforme des retraites. Le chiffre est retombé à 62 en 2024.
Les grands mouvements bénéficient souvent du soutien de l'opinion. Avant le premier samedi des gilets jaunes, en novembre 2018, 73 % des Français exprimaient leur soutien ou leur sympathie, selon Elabe. En mars 2023, 67 % soutenaient la mobilisation contre la réforme des retraites. Fin mars, le même institut notait que 80 % des Français condamnaient les violences.
La rue face au pouvoir
Les gouvernements répondent souvent en invoquant la légitimité des urnes. Début mai 2003, pendant la réforme des retraites, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin déclarait : « ce n'est pas la rue qui gouverne ». En 1995, Alain Juppé s'était dit « droit dans [ses] bottes » quelques mois avant les grèves. Il a pourtant retiré une partie de sa réforme après trois semaines de conflit.
Selon Danielle Tartakowsky, seules deux vagues de contestation ont réellement déstabilisé le régime en place : février 1934 et mai-juin 1968. La plupart des manifestations ne renversent rien. Elles obligent en revanche souvent le pouvoir à négocier, à reculer ou à s'expliquer.
Les plus grandes manifestations en France

En France, manifestation et grève vont souvent de pair. Les grandes grèves en France et leurs cortèges dessinent une chronologie à part. Le tableau réunit les journées de manifestation France entière les plus suivies depuis 1936, avec les chiffres de la police et ceux des organisateurs.
Date | Mobilisation | Participants : police ou Intérieur / | Ce qu'elle a obtenu |
|---|---|---|---|
Mai-juin 1936 | Grèves du Front populaire | 1,83 million de grévistes en juin (ministère du Travail) | Accords de Matignon, congés payés, semaine de 40 heures |
13 mai 1968 | Mai 68, défilé à Paris | 230 000 / 1 million ; 7 à 10 millions de grévistes selon les estimations | Accords de Grenelle : Smig relevé de 35 % |
24 juin 1984 | Défense de l'école libre, à Paris | 850 000 / 2 millions | Projet de loi Savary retiré |
12 décembre 1995 | Grèves contre le plan Juppé | 1 million / 2,2 millions | Réforme des régimes spéciaux abandonnée |
1er mai 2002 | Contre l'extrême droite, entre les deux tours | Environ 1,3 million (Intérieur) | Jacques Chirac réélu le 5 mai |
4 avril 2006 | Contre le contrat première embauche (CPE) | Plus d'un million / 3,1 millions | CPE abandonné le 10 avril |
12 octobre 2010 | Réforme des retraites | 1,23 million / 3,5 millions | Réforme adoptée : départ à 62 ans |
13 janvier 2013 | « Manif pour tous » | 340 000 / 800 000 | Loi sur le mariage pour tous promulguée le 17 mai |
11 janvier 2015 | Marches républicaines après les attentats | Près de 3,7 millions (Intérieur) | Record historique de participation |
17 novembre 2018 | Gilets jaunes, acte I | Environ 282 000 (Intérieur) | Mesures d'urgence d'environ 10 milliards d'euros |
5 décembre 2019 | Réforme des retraites (système universel) | 806 000 / plus de 1,5 million | Réforme suspendue en mars 2020 |
7 mars 2023 | Réforme des retraites | 1,28 million / 3,5 millions | Adoptée par le 49.3 : départ à 64 ans |
Deux tendances ressortent. Les mobilisations qui ont fait reculer le pouvoir reposaient sur une grève longue, comme en 1995, ou sur la jeunesse, comme en 2006. À l'inverse, les records de participation n'ont pas suffi à bloquer les réformes des retraites de 2010 et de 2023.
1936 : le Front populaire
Au printemps 1936, la victoire électorale du Front populaire déclenche une vague de grèves avec occupations d'usines. En juin, le ministère du Travail recense 12 142 grèves et 1 831 000 grévistes. Près de 9 000 entreprises sont occupées.

es Français racontent leurs premières vacances en 1936
Les accords de Matignon, signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, mettent fin au conflit. Ils prévoient des hausses de salaires de 7 à 15 %, des conventions collectives et des délégués ouvriers dans les établissements de plus de dix salariés. Les lois des 20 et 21 juin 1936 créent ensuite quinze jours de congés payés et la semaine de 40 heures.
Mai 68 : la grève générale
Le 3 mai 1968, la police évacue la Sorbonne et procède à 574 interpellations. Dans la nuit du 10 au 11 mai, les étudiants dressent des barricades au Quartier latin : 63 voitures brûlent et 247 policiers sont blessés.
Le 13 mai, syndicats et étudiants défilent ensemble dans Paris. La préfecture compte 230 000 manifestants, les syndicats un million. La grève s'étend ensuite à tout le pays et réunit entre 7 et 10 millions de grévistes selon les estimations.

Mai 68 : Quand la jeunesse révoltée descendait dans les rues pour manifester
Les négociations de Grenelle, du 25 au 27 mai, portent le Smig à 3 francs de l'heure au 1er juin, soit 35 % de plus. Les salaires augmentent de 7 %, puis de 10 % au 1er octobre. La base rejette pourtant ce compromis, notamment chez Renault.
Le 30 mai, le général de Gaulle dissout l'Assemblée nationale. Le même jour, ses partisans remplissent les Champs-Élysées : 300 000 personnes selon la préfecture, un million selon les gaullistes. Aux législatives de juin, l'UDR obtient à elle seule 293 sièges, soit la majorité absolue.
1984 : l'école libre
Le 24 juin 1984, les défenseurs de l'école libre défilent à Paris contre le projet de loi Savary. La police compte 850 000 manifestants, les organisateurs 2 millions. Portée par l'enseignement privé, largement catholique, cette mobilisation fait plier un gouvernement de gauche.
Le 12 juillet, François Mitterrand annonce à la télévision le retrait du texte. Le ministre de l'Éducation, Alain Savary, démissionne, puis le Premier ministre Pierre Mauroy est remplacé par Laurent Fabius le 17 juillet.
1995 : le plan Juppé

Le 15 novembre 1995, Alain Juppé présente un plan de réforme de la Sécurité sociale et des retraites. Il prévoit notamment de porter de 37,5 à 40 ans la durée de cotisation des fonctionnaires. À partir du 24 novembre, la SNCF et la RATP entrent en grève pour 22 jours.
Le 10 décembre, le gouvernement recule sur les régimes spéciaux. Deux jours plus tard, un million de personnes défilent selon la police, 2,2 millions selon les syndicats. Le 15 décembre, Alain Juppé renonce aussi à allonger la durée de cotisation des fonctionnaires. Il maintient en revanche la réforme du financement de la Sécurité sociale.
2006 : le CPE
Le contrat première embauche visait les moins de 26 ans. Étudiants et lycéens y voient un contrat précaire et bloquent universités et lycées pendant des semaines. Le 28 mars 2006, la police compte 1 055 000 manifestants, les syndicats près de 3 millions.
Le 31 mars, Jacques Chirac promulgue la loi mais demande d'en modifier les clauses contestées. Après une nouvelle journée massive le 4 avril, Dominique de Villepin abandonne le CPE le 10 avril 2006.
2015 : les marches républicaines

Après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, près de 3,7 millions de personnes participent à 230 marches, selon le ministère de l'Intérieur. Le ministère y voit « la plus grande mobilisation jamais enregistrée dans l'histoire du pays ».
À Paris, entre 1,2 et 1,6 million de personnes défilent ce dimanche 11 janvier 2015. Une telle foule n'avait plus été vue en France depuis la Libération, en 1944.
2018-2019 : les gilets jaunes
Le mouvement naît en ligne contre la hausse des taxes sur les carburants. Le 17 novembre 2018, environ 282 000 personnes occupent ronds-points et péages dans plus de 2 000 rassemblements. Il n'y a ni syndicat ni parti à la manœuvre.
Le 1er décembre, l'Arc de Triomphe est tagué et ses salles d'exposition pillées. Le 10 décembre, Emmanuel Macron annonce des mesures d'urgence, votées dans la loi du 24 décembre 2018. La prime d'activité augmente, les heures supplémentaires sont défiscalisées et la hausse de la CSG est annulée pour une partie des retraités.
Ces mesures coûtent environ 10 milliards d'euros. Le gouvernement lance aussi un grand débat national, du 15 janvier au 8 avril 2019. Il recueille 1,9 million de contributions en ligne et plus de 10 000 réunions locales.
Retraites : 2010, 2019, 2023
Le 12 octobre 2010, 1,23 million de personnes manifestent contre la réforme Woerth selon l'Intérieur, 3,5 millions selon les syndicats. La loi est pourtant adoptée : l'âge légal de départ passe de 60 à 62 ans.
Le 5 décembre 2019, 806 000 personnes défilent contre le projet de système universel, plus de 1,5 million selon la CGT. La grève de la SNCF et de la RATP dure environ six semaines, plus longtemps qu'en 1995. Adoptée par le 49.3 en première lecture, la réforme est suspendue le 16 mars 2020, au début de la crise du Covid.
La manifestation contre la réforme des retraites 2023 réunit 1,28 million de personnes le 7 mars selon l'Intérieur, 3,5 millions selon la CGT. À Paris, les éboueurs en grève laissent jusqu'à 9 300 tonnes de déchets dans les rues. Le gouvernement d'Élisabeth Borne recourt au 49.3 le 16 mars, et la motion de censure échoue à neuf voix près.
La loi est promulguée le 14 avril 2023 et repousse l'âge légal de 62 à 64 ans. En décembre 2025, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a toutefois suspendu ce relèvement jusqu'au 1er janvier 2028.
Comment la France se relève
Les manifestations en France laissent trois types de traces : des droits nouveaux, une facture économique et des blessures. L'histoire montre que l'économie rattrape vite son retard. Les commerçants, les villes et les blessés mettent en revanche souvent des mois, voire des années, à s'en remettre.
Des droits nouveaux
Plusieurs acquis datent directement de grands conflits. Les congés payés et la semaine de 40 heures viennent de 1936. Selon l'OFCE, Mai 68 a fait progresser les salaires réels de 8,3 % en un an. Une loi du 27 décembre 1968 a aussi reconnu la section syndicale d'entreprise.
Plus près de nous, les gilets jaunes ont obtenu environ 10 milliards d'euros de mesures en faveur du pouvoir d'achat. S'y ajoute l'abandon de la hausse de la taxe sur les carburants prévue en 2019, qui représentait environ 3,7 milliards d'euros.
L'économie
En France, manifestation ne rime presque jamais avec récession. Selon la direction générale du Trésor, les pertes d'activité liées aux mouvements sociaux sont « généralement compensées le trimestre suivant par un effet de rattrapage ». L'effet moyen tourne autour de 0,1 point de PIB.
Mai 68 reste l'exception. Le PIB a chuté de 5,3 % au deuxième trimestre 1968, la plus forte baisse trimestrielle avant la crise sanitaire de 2020, selon l'Insee. La production perdue a été rattrapée dès le troisième trimestre. Mais les prix ont grimpé de 7,2 % en un an et les réserves de change ont fondu. Le 8 août 1969, le franc a été dévalué d'environ 11 %.
Les grèves de décembre 1995 ont ôté environ 0,2 point à la croissance trimestrielle, d'après l'Insee. Le trafic voyageurs de la SNCF a reculé de 4 % sur l'année, alors qu'il aurait dû progresser de 3,5 %.
Avec les gilets jaunes, la fréquentation des centres commerciaux a chuté de 17 % le samedi 8 décembre 2018. À Paris, les réservations d'hôtels ont baissé de 30 à 35 %. Le PIB a pourtant progressé de 0,3 % au quatrième trimestre 2018, et la consommation des ménages est repartie dès le début de 2019. La région parisienne a même battu son record touristique en 2019, avec plus de 50 millions de visiteurs.
Selon la Banque de France, la grève de décembre 2019 contre la réforme des retraites a coûté au maximum 0,1 point de croissance. Cela représente environ 2 milliards d'euros. Pour la SNCF, la facture a atteint 614 millions d'euros. En 2023, la perte du premier trimestre a été compensée au deuxième.
Les commerçants
Une seule journée de manifestation France entière peut pourtant coûter très cher à une boutique de centre-ville. Pour les commerces, la reprise dépend d'abord de leur contrat d'assurance. Après les gilets jaunes, les assureurs estimaient en mars 2019 les dommages entre 170 et 180 millions d'euros, pour environ 10 000 sinistres.
L'État a aussi étalé les impôts et les cotisations des commerces touchés. Début 2019, l'activité partielle avait bénéficié à 5 000 entreprises et 72 600 salariés, pour 38 millions d'euros. Trois millions d'euros ont financé des animations commerciales dans les centres-villes les plus touchés.
Les émeutes de l'été 2023, qui n'étaient pas des manifestations, servent aujourd'hui de référence pour les dégâts matériels. Les assureurs ont recensé 16 400 sinistres pour 793 millions d'euros, dont environ deux tiers pour les professionnels. L'État a versé jusqu'à 6 000 euros aux indépendants et 10 000 euros aux buralistes fermés au moins trois jours.
La loi de finances pour 2026 tire la leçon de ces crises. Elle rend obligatoire la garantie émeutes dans les contrats d'assurance de biens. Un fonds géré par la Caisse centrale de réassurance, garanti par l'État, doit la financer. Le dispositif attend encore son décret d'application.
Les villes

L'Arc de Triomphe, saccagé le 1er décembre 2018, a rouvert le 12 décembre après dix jours de fermeture. Le Centre des monuments nationaux évaluait alors les dégâts à plusieurs centaines de milliers d'euros.
La loi prévoit que l'État est civilement responsable des dégâts commis par des attroupements (article L211-10 du Code de la sécurité intérieure). En mai 2022, le tribunal administratif de Paris l'a ainsi condamné à verser un peu plus de 1,4 million d'euros à la Ville de Paris. La somme couvre les dégâts des gilets jaunes. Toulouse et Rouen ont obtenu des décisions comparables.
Après les émeutes de 2023, 2 508 bâtiments publics avaient été touchés selon le Sénat, dont 105 mairies et 243 écoles. La loi du 25 juillet 2023 et ses ordonnances ont permis de reconstruire à l'identique et d'instruire les permis en un mois. Certains chantiers ont pu être financés à 100 % par des subventions. En avril 2024, environ 80 % des bâtiments publics détruits étaient restaurés, mais certaines communes prévoyaient de finir leurs travaux fin 2025.
La facture se reporte aussi sur les primes d'assurance. Selon le Sénat, environ la moitié des communes interrogées ont vu leur contrat résilié ou leurs tarifs augmenter. À Rive-de-Gier, le nouvel assureur a fixé une franchise de 2,5 millions d'euros pour les émeutes.
Les blessés
Le coût humain est le plus long à effacer. À la mi-mai 2019, le ministère de l'Intérieur comptait 2 448 blessés parmi les gilets jaunes et 1 797 parmi les forces de l'ordre. Selon le collectif des « mutilés », 23 personnes avaient perdu un œil et 5 une main.
Les victimes peuvent saisir la commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) ou attaquer l'État devant le juge administratif. Les montants restent modestes et les délais longs. En 2020, une manifestante touchée par un tir de LBD à Lyon a obtenu 800 euros. En 2023, l'État a été condamné à verser 105 350 euros à un homme éborné par un LBD en 2009.
Ces blessures ont pesé sur la doctrine. Le schéma national du maintien de l'ordre de septembre 2020 impose un superviseur aux tireurs de LBD. Il remplace aussi la grenade GLI-F4 par un modèle sans explosif. En juin 2021, le Conseil d'État en a annulé quatre points, dont la technique de l'encerclement des manifestants, appelée « nasse ».
Manifestation France 2026

La vague de 2026 reprend des ingrédients connus : des lycéens dans la rue, la vie chère et un gouvernement sans majorité à l'Assemblée. Depuis la mi-septembre, les manifestations France entière se succèdent presque chaque semaine. Elles prolongent la journée « Bloquons tout » du 10 septembre 2025, née sur les réseaux sociaux. Une grève intersyndicale contre le budget 2026 avait suivi le 18 septembre 2025.
Le mouvement démarre le 18 septembre 2026 par des blocages de lycées. Les élèves dénoncent des classes de 30 à 35 élèves, des professeurs absents non remplacés et des bâtiments vétustes. Le 2 octobre, 1 027 lycées étaient touchés selon le ministère de l'Intérieur, dont 400 fermés.
La colère lycéenne rejoint ensuite celle contre la vie chère. Le samedi 17 octobre, 550 000 personnes selon l'Intérieur et 800 000 selon les organisateurs défilent dans tout le pays. La journée se termine par des pillages et des incendies. Le Premier ministre recense au moins 3 000 commerces touchés. Les autorités comptent 2 331 gardes à vue et près d'un millier de policiers et gendarmes blessés.
À Limoges, des casseurs brisent les vitres de l'hôtel de ville en fin de manifestation, puis y mettent le feu. Les images de l'incendie de la mairie de Limoges sont reprises jusqu'à l'étranger. La majeure partie du toit et le beffroi de ce bâtiment inauguré en 1883 s'effondrent. Selon le maire Guillaume Guérin et le préfet, l'édifice est « en grande partie perdu ».
Le gouvernement de Sébastien Lecornu répond par des couvre-feux partiels à Paris et dans d'autres villes. Il annonce aussi un fonds de soutien aux commerçants et un chômage partiel pris en charge à 100 %. Reçus à Matignon le 21 octobre, les syndicats en sont ressortis sans mesure concrète, selon la CGT.
La prochaine étape est fixée au jeudi 5 novembre 2026 : une journée de grève et de manifestation France entière. Elle est lancée par la CFDT, la CGT, FO, l'UNSA et la FSU. Comme en 1968 et en 2006, la jeunesse a ouvert la séquence. Reste à savoir si elle débouchera sur des concessions, comme en 2006, ou sur un passage en force, comme en 2023.
En résumé
En France, la manifestation est à la fois un droit, une tradition et un outil politique. Elle a obtenu les congés payés en 1936 et une forte hausse des salaires en 1968. Elle a aussi fait retirer plusieurs réformes, du projet Savary au CPE. Elle a en revanche échoué, notamment face aux réformes des retraites de 2010 et de 2023.
Après chaque crise, l'économie rattrape vite son retard, mais les commerçants pillés, les villes endommagées et les blessés se relèvent plus lentement. La mobilisation de l'automne 2026 s'inscrit dans cette histoire. La journée de manifestation France entière du 5 novembre dira si elle rejoint la liste des mouvements qui ont fait plier le pouvoir.
Foire Aux Questions
Quelles sont les manifestations les plus importantes en France ?
Le record officiel revient aux marches républicaines du 11 janvier 2015 : près de 3,7 millions de participants selon le ministère de l'Intérieur. Mai 68 reste le plus grand mouvement de grève, avec 7 à 10 millions de grévistes selon les estimations. Selon la police, au moins un million de personnes ont aussi défilé lors de quatre journées. Il s'agit du 12 décembre 1995, du 28 mars 2006, du 12 octobre 2010 et du 7 mars 2023.
Combien y a-t-il de manifestations en France par an ?
Le repère le plus précis vient de Paris. En 2019, la préfecture de police a encadré 5 600 manifestations à Paris et en petite couronne, sur 7 000 événements de voie publique. L'ensemble de ces événements a réuni 10,5 millions de participants.
Pourquoi les Français manifestent-ils autant ?
La manifestation est liée au récit national depuis 1789. Elle a aussi déjà payé : congés payés en 1936, hausse des salaires en 1968, retrait du CPE en 2006. Les syndicats comptent peu d'adhérents, environ 10 % des salariés, mais ils mobilisent largement lors des journées d'action. Pour beaucoup de citoyens, la rue sert de vote entre deux élections.
Le droit de manifester est-il inscrit dans la Constitution ?
Pas en toutes lettres. Il découle des articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789, qui font partie du bloc de constitutionnalité. Le Conseil constitutionnel protège le « droit d'expression collective des idées et des opinions ». Chaque manifestation en France doit en outre être déclarée en mairie ou en préfecture.
Quelles manifestations ont fait reculer un gouvernement ?
L'exemple le plus net reste le retrait du projet de loi Savary sur l'école privée, en 1984. En 1995, Alain Juppé recule sur les régimes spéciaux de retraite. Les gouvernements suivants abandonnent le CPE en 2006, puis la hausse de la taxe sur les carburants pendant la crise des gilets jaunes, en 2018.
Les manifestations coûtent-elles cher à l'économie française ?
Le plus souvent, l'effet est faible et temporaire : environ 0,1 point de PIB, rattrapé le trimestre suivant, selon la direction générale du Trésor. Mai 68 fait exception, avec une chute du PIB de 5,3 % au deuxième trimestre 1968. Les commerces des centres-villes pillés supportent en revanche des pertes bien plus lourdes.









