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Blocus des lycées

Depuis la fin du mois de septembre 2026, la France connaît une vague de contestation d'une ampleur rare. Parti du Val-de-Marne, le blocus des lycées a touché en quelques jours des centaines d'établissements. Au même moment, les agents publics ont fait grève contre le gel de leurs salaires, et le gouvernement de Sébastien Lecornu a présenté un projet de loi de finances marqué par d'importantes économies. Voici ce que l'on sait de ces mobilisations, à partir des informations publiées par la presse française et les autorités au 7 octobre 2026.

par Jade Guillot

Sommaire
Blocus des lycées et manifestation de jeunes en France.

Un mouvement né dans un lycée de Créteil

Le point de départ se situe au lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne. Les premières actions y ont eu lieu à la mi-septembre 2026. Les élèves protestaient contre leurs conditions d'enseignement : professeurs absents et non remplacés, classes surchargées, locaux dégradés.

Blocus des lycées et pancarte de mobilisation des jeunes.

Le mouvement a ensuite gagné d'autres départements d'Île-de-France, comme la Seine-Saint-Denis, l'Essonne et les Hauts-de-Seine. À partir du 29 septembre, les blocages ont pris une dimension nationale. Ce jour-là, le Café pédagogique recensait 416 établissements touchés par des actions, dont une centaine de blocages totaux ou partiels.

Ce que réclament les lycéens

Les revendications portent avant tout sur le quotidien des élèves. Les lycéens demandent davantage d'enseignants, d'assistants d'éducation et d'infirmières scolaires. Ils dénoncent des classes en sureffectif, des bâtiments vétustes, des journées trop longues et des emplois du temps mal construits. La pression liée à Parcoursup, la plateforme d'accès à l'enseignement supérieur, revient aussi souvent dans leurs prises de parole.

Blocus des lycées en France : les raisons de la mobilisation • FRANCE 24

Les journées de cours sont au cœur des critiques. D'après Euronews, les lycéens français ont des horaires parmi les plus longs d'Europe, souvent de 8 heures jusqu'en début de soirée. Les élèves se plaignent aussi de la chaleur dans des salles sans climatisation, et du froid en hiver.

Ce problème n'est pas nouveau. Selon des données de l'Ademe de 2021 citées par franceinfo, seulement 7 % des surfaces des bâtiments scolaires sont climatisées. Pour les lycées, l'entretien des bâtiments relève des conseils régionaux.

La question des cours non assurés n'est pas nouvelle. D'après une étude de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l'Éducation nationale, près de 10 % des heures d'enseignement prévues n'ont pas été assurées dans le second degré public en 2024-2025. L'essentiel de cette perte, soit 7,5 points, s'explique par des absences de professeurs non remplacées.

Le 1er octobre, l'Union syndicale lycéenne (USL) et l'Union étudiante ont publié un appel commun. Les deux organisations y défendent le droit à l'éducation pour tous et réclament des moyens suffisants pour les services publics. Elles critiquent aussi le gel des aides au logement et les systèmes de sélection comme Parcoursup et MonMaster.

Le blocus des lycées s'étend à tout le pays

La mobilisation a rapidement changé d'échelle. Le 30 septembre, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray ont tenu une conférence de presse commune place Beauvau. Ils faisaient alors état de 356 lycées perturbés et de 625 interpellations. Laurent Nuñez a demandé aux préfets que les forces de l'ordre interviennent en cas de blocage total, en lien avec les chefs d'établissement.

Le 2 octobre, environ 400 lycées ont été fermés à titre préventif. Selon Euronews, 735 établissements étaient encore perturbés en fin de journée, et 1 747 personnes ont été interpellées ce seul jour. Les personnes interpellées sont en grande majorité des mineurs.

Le 6 octobre, un « acte III » massif

Blocus des lycées face aux forces de l’ordre.

La journée du mardi 6 octobre, présentée comme l'« acte III » du mouvement, a marqué un nouveau sommet. Le ministère de l'Intérieur a compté 256 000 manifestants en France, tandis que les organisateurs en revendiquaient 450 000. Les autorités ont recensé 891 lycées perturbés, dont environ 250 en Île-de-France. L'Union syndicale lycéenne avançait, de son côté, le chiffre de 1 800 lycées bloqués.

Des cortèges ont défilé à Paris, Marseille, Lyon, Lille, Strasbourg, Toulouse, Rennes ou encore Nîmes, mais aussi à La Réunion et à Mayotte. À Marseille, les chiffres variaient fortement : 30 000 manifestants selon la CGT, 4 800 selon la préfecture. En marge de la manifestation à Paris, le préfet de police a annoncé 32 interpellations. Sur l'ensemble du territoire, 488 personnes ont été interpellées au cours de la journée.

Un bilan humain et matériel lourd

Le mouvement s'accompagne de nombreux incidents. Depuis le début de la mobilisation, environ 715 policiers et gendarmes, 215 élèves et 85 personnels de l'Éducation nationale ont été blessés, selon les chiffres relayés par franceinfo. Plus de 6 000 personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement.

Un cas a particulièrement choqué. À Lens, dans le Pas-de-Calais, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade près d'un lycée. Le procureur de Béthune a annoncé l'ouverture d'une enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

Les établissements ont aussi subi d'importantes dégradations. Le 7 octobre, Édouard Geffray a indiqué que 24 lycées avaient été incendiés ou saccagés au point de ne pas pouvoir rouvrir avant plusieurs semaines. Selon le ministre, environ 30 000 lycéens seront ainsi privés de cours pendant cette période. Les organisations lycéennes, de leur côté, affirment se désolidariser des violences tout en appelant à poursuivre la mobilisation.

La réponse du gouvernement : fermeté et dialogue

L'exécutif a choisi une double ligne. D'un côté, Édouard Geffray a dénoncé des « violences urbaines ». Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a demandé aux procureurs d'engager la responsabilité civile des parents, afin de leur faire payer les réparations des lycées dégradés. La France insoumise, accusée d'orchestrer la contestation, a rejeté ces critiques : son coordinateur Manuel Bompard a rappelé que le mouvement était parti d'un manque de personnel dans un lycée de Créteil.

De l'autre côté, le gouvernement a ouvert une consultation nationale. Sur la plateforme Agora, tous les lycéens peuvent répondre de façon anonyme, du 5 au 23 octobre 2026, à deux questions : quelles difficultés rencontrent-ils au lycée, et que faudrait-il changer ? Une demi-journée consacrée au dialogue avec les élèves est organisée le 7 octobre dans tous les lycées. Dans une lettre, le Premier ministre a fixé cinq chantiers : le remplacement des enseignants absents, l'état des bâtiments, les emplois du temps, la transparence de Parcoursup et la prise en compte de la parole des élèves. Les premiers résultats et les premières décisions doivent être présentés fin octobre.

Grève de la fonction publique : les agents contre le gel des salaires

Blocus des lycées lors d’une grande manifestation en France.

La colère lycéenne s'inscrit dans un climat social plus large. Le mardi 29 septembre, les huit syndicats représentatifs de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP) ont appelé à la grève. Ils protestaient contre le gel du point d'indice prévu pour 2027. Ce point sert de base au calcul du traitement des agents publics.

Plus de 170 manifestations ont été organisées. Le ministère de l'Intérieur a compté 206 000 manifestants, la CGT plus de 300 000. Le taux de grévistes a atteint près de 10 % dans la fonction publique d'État. Les syndicats réclament notamment l'indexation de ce point sur l'inflation et le retour de la garantie individuelle du pouvoir d'achat (GIPA). Selon eux, les agents ont perdu plus de 6 % de pouvoir d'achat depuis la dernière revalorisation du point, en 2023.

Le budget 2027 au cœur des tensions

Le 1er octobre, Sébastien Lecornu a présenté en Conseil des ministres le projet de loi de finances. Le gouvernement vise un déficit public de 5 % du PIB, grâce à un effort de 43 milliards d'euros, porté à 54 milliards en comptant les mesures déjà engagées. Les textes budgétaires prévoient aussi le gel des aides personnalisées au logement (APL) à leur niveau de 2026.

Une mesure a provoqué un tollé immédiat : la création de frais d'inscription pour les étudiants non boursiers en BTS (178 euros par an) et en classes préparatoires (270 euros par an). La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a parlé de « provocation ». Le soir même, Édouard Geffray a annoncé sur France 2 que le gouvernement retirerait cette disposition. Le projet de budget devait être déposé à l'Assemblée nationale le 6 octobre, le jour même de l'« acte III » lycéen.

Un automne social qui rappelle 2025

Cette séquence fait écho à la rentrée 2025. Le 10 septembre 2025, le mouvement « Bloquons tout », lancé sur les réseaux sociaux, avait réuni 197 000 participants selon le ministère de l'Intérieur, avec 596 rassemblements et 253 blocages. Il était intervenu juste après la chute du gouvernement de François Bayrou et la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon. Un an plus tard, les mêmes questions reviennent : le financement des services publics, le pouvoir d'achat et le partage de l'effort budgétaire.

Quelles suites pour la mobilisation ?

Au 7 octobre 2026, le mouvement ne montre pas de signe net d'essoufflement. La consultation Agora reste ouverte jusqu'au 23 octobre, et le gouvernement promet des annonces chiffrées à la fin du mois. Les débats sur le budget 2027 s'ouvrent à l'Assemblée nationale. Les organisations lycéennes et étudiantes, soutenues par plusieurs syndicats, réclament des moyens concrets plutôt qu'une simple consultation. Les prochaines semaines diront si le dialogue engagé suffit à apaiser la colère.