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Incendie de l'hôtel de ville de Limoges

Le samedi 17 octobre 2026, l'hôtel de ville de Limoges a été en grande partie détruit par un incendie volontaire. Des casseurs y ont mis le feu en fin de manifestation contre la vie chère. Le campanile, emblème de la ville, s'est effondré dans la soirée. Voici ce que l'on sait de cet incendie, à partir des informations publiées par la presse française et les autorités au 19 octobre 2026.

par Jade Guillot

Sommaire
Incendie de l'hôtel de ville de Limoges en 2026.

Une manifestation contre la vie chère qui dégénère

Le 17 octobre, une journée nationale contre la vie chère a réuni 550 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. L'appel, lancé sur les réseaux sociaux, avait été repris par des figures des gilets jaunes. Les organisations lycéennes et étudiantes, mobilisées depuis septembre dans le blocus des lycées, s'y étaient jointes. Des violences ont éclaté dans plusieurs villes, dont Paris, Lyon et Marseille.

L’hôtel de ville de Limoges incendié sous les yeux des habitants, le maire accuse l’État

À Limoges, environ 2 000 personnes se sont rassemblées vers 14 heures dans le quartier des Casseaux, à l'est de la ville. Selon la préfecture, plus de 500 d'entre elles étaient venues pour affronter les forces de l'ordre. Des manifestants ont tenté de bloquer l'autoroute A20 au niveau de l'échangeur. Quatre véhicules de police ont été incendiés et quatre policiers sérieusement blessés. Le cortège s'est ensuite dirigé vers le centre-ville.

Le déroulé de l'incendie

Vers 18 heures, des individus masqués se sont introduits de force dans l'hôtel de ville et y ont mis le feu. Selon le préfet de la Haute-Vienne, Maurice Barate, deux agents de sécurité ont été menacés de mort à l'entrée. Des élus et des employés se trouvaient encore dans le bâtiment et ont été évacués. Le préfet affirme que le feu a été allumé délibérément, devant environ 800 personnes qui faisaient face aux forces de l'ordre.

Les pompiers de la Haute-Vienne sont intervenus en nombre, mais le vent d'est s'engouffrait dans l'édifice. Le feu a gagné les étages, puis la toiture. Vers 20 h 30, le campanile de 43 mètres s'est effondré. Dans la soirée, huit magasins du centre-ville ont aussi été vandalisés, dont plusieurs pillés rue Jean-Jaurès.

Ce que l'incendie a détruit

L'intérieur de la partie historique est presque entièrement détruit, y compris le service de l'état civil. La toiture s'est effondrée sur les étages inférieurs, sauf dans l'aile ouest. Les deux tiers de la façade ont disparu. Pour le préfet, le bâtiment est « en grande partie perdu ».

Hôtel de ville de Limoges après l'incendie de 2026.

Les pompiers ont sauvé l'aile moderne, à l'arrière, qui abrite les bureaux administratifs. Les archives ont été évacuées pendant l'intervention, et le drapeau de la mairie a été remis au maire le soir même. Le coût des dégâts n'est pas encore chiffré : France 3 évoque des dizaines de millions d'euros.

Un monument historique de 1883

L'hôtel de ville a été construit à partir de 1879 sur les plans de l'architecte Charles-Alfred Leclerc, puis inauguré le 14 juillet 1883. Le projet est né du legs d'Alfred Fournier, un habitant qui avait laissé toute sa fortune à la ville en 1875. Le nouvel édifice a remplacé l'ancienne mairie, sur le même site.

Sa façade de 11 travées s'inspirait de l'hôtel de ville de Paris. Au centre se dressait le campanile, haut de 43 mètres. La fontaine de Charles Genuys a été ajoutée devant le bâtiment en 1893. Les façades, les toitures et la fontaine sont protégées au titre des monuments historiques depuis 1975.

L'enquête et les premières gardes à vue

La procureure de la République de Limoges a ouvert une enquête en flagrance pour destruction d'un bien par un moyen dangereux, en bande organisée. Elle est confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée de Limoges, avec 40 enquêteurs. Le laboratoire de police scientifique de Toulouse et un expert en incendie participent aux investigations.

Dix-sept personnes ont été placées en garde à vue, dont sept mineurs ; le plus jeune a 14 ans. Ces gardes à vue ont été prolongées de 24 heures le 18 octobre. Les auteurs de l'incendie et leurs motivations restent à établir. Le parquet recense aussi les particuliers agressés samedi ; selon le préfet, trois véhicules ont été volés avec violence. Les victimes peuvent être accompagnées par l'association France Victimes 87.

Les réactions : colère du maire, promesse de l'État

« C'est un monument qui brûle, mais pas la République », a déclaré le soir même le maire LR Guillaume Guérin. Il a annoncé une plainte de la Ville. Le lendemain, il a accusé l'ultragauche d'une action préparée et a estimé que la police avait manqué de moyens face aux casseurs.

Le maire a menacé de démissionner avec sa majorité si l'État ne finançait pas la reconstruction. Le 18 octobre, Sébastien Lecornu lui a répondu par lettre que la mairie serait reconstruite. Le Premier ministre promet des procédures accélérées, la mobilisation des assureurs et une aide budgétaire directe de l'État. Emmanuel Macron a assuré que les auteurs de pillages et de dégradations seraient poursuivis.

Le dimanche 18 octobre, près de 7 000 personnes selon la mairie se sont rassemblées place de la République, à l'appel des élus. Des élus LFI ont, eux aussi, condamné l'incendie.

Quelles suites ?

La Ville doit d'abord assurer la continuité du service public, l'accueil physique dans l'hôtel de ville étant interrompu. Le maire a promis de réorganiser les services dès le lendemain de l'incendie. Dans sa lettre, Sébastien Lecornu reconnaît aussi que les conditions de protection du bâtiment devront être examinées. Une visite du Premier ministre à Limoges est annoncée pour fixer la méthode et le calendrier de la reconstruction. Le montant de l'aide de l'État n'est pas encore connu.