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L'Archipel

L'Archipel est un lieu solidaire imaginé par l'association Aurore au 26 bis rue de Saint-Pétersbourg, dans le 8e arrondissement de Paris. Installé dans les anciens locaux de l'INPI, il s'est construit autour d'un centre d'hébergement d'urgence accueillant des femmes enceintes ou seules avec enfants. Espace événementiel, coworking, café, boutique de troc et ateliers ouverts au quartier y cohabitaient. Voici l'histoire du lieu, l'équipe qui l'a porté, ses activités, ses partenaires et la manière dont l'aventure s'est terminée.

par Mia Laporte

Sommaire
Nef de L'Archipel à Paris.

À propos et histoire

Derrière la façade historique du 26 bis rue de Saint-Pétersbourg, à une minute de la place de Clichy et à cinq minutes de la gare Saint-Lazare, se trouve un ancien couvent du XIXe siècle. Une cinquantaine d'années plus tard, le bâtiment devient l'Hôtel Canadien et Colonial. À partir de 1945, il abrite l'Institut national de la propriété industrielle (INPI).

En 2012, l'État met les lieux à la disposition de l'association Aurore pour une durée limitée, dans le cadre de la campagne hivernale. L'ancien siège de l'INPI devient alors un centre d'hébergement d'urgence (CHU). Le 115 y oriente les femmes enceintes ou seules avec enfants. Au total, 160 personnes de 37 nationalités différentes y vivent le temps de se reconstruire et d'obtenir un logement durable.

Bibliothèque de L'Archipel à Paris.

Autour du centre, une chapelle, des alcôves en balcon, des salles de travail et de réunion et des plateaux de bureaux occupent plus de 600 m². C'est dans ces espaces qu'Aurore lance L'Archipel en 2014 : un ensemble d'activités solidaires conçu pour soutenir, directement ou indirectement, le fonctionnement et la mission du centre. Le projet offre aussi aux résidents et aux habitants du quartier des occasions d'ouverture et de rencontre.

La démarche va au-delà de la lutte contre l'exclusion. Pour Aurore, l'insertion, l'inclusion, l'innovation et la mixité sociale passent par des liens plus étroits entre les personnes. Ces liens se construisent le plus souvent autour d'activités partagées et de démarches contributives, qu'elles soient culturelles, éducatives ou économiques. Le lieu a donc été dédié à ces rencontres et à des activités tournées vers le beau et le numérique, avec l'appui de Simplon.co, de My Little Paris et du Mouvement des entrepreneurs sociaux.

Nom

L'Archipel

Porteur du projet

Association Aurore

Adresse

26 bis rue de Saint-Pétersbourg, 75008 Paris

Bâtiment

Ancien couvent du XIXe siècle, puis Hôtel Canadien et Colonial, puis siège de l'INPI (1945-2012)

Mise à disposition par l'État

2012

Lancement de L'Archipel

2014

Fermeture

Été 2016 (fête de clôture le 1er juillet 2016)

Surface des espaces d'activités

Plus de 600 m², dont la Nef de 300 m²

Centre d'hébergement d'urgence

160 personnes de 37 nationalités

Activités

Événementiel, coworking, café, troc, ateliers, programmation socioculturelle

L'équipe

Équipe du projet L'Archipel.

Équipe de L'Archipel

Une équipe de huit personnes faisait vivre L'Archipel au quotidien, de la conduite du projet à l'entretien des espaces. Au sein d'Aurore, le projet dépendait du secteur Économie sociale et solidaire de l'association, dirigé par Sophie Alary.

AnnGaïd Plourde

Chef de projet

Julie De Clausade

Adjointe chef de projet

Gilles Desroches

Chargé de logistique

Audrey Decrock

Chargée de communication et développement

Julie Bielsky

Chargée d'accueil et d'animation

Fanny Rabu

Office manager

Nassim Ourami

Régisseur indépendant

Sorin Clopotar revendiquait d'ailleurs avec humour « cette petite odeur de frais » qui flottait dans les locaux.

L'association Aurore

Aurore est une association fondée en 1871 et reconnue d'utilité publique en 1875. Sa mission est la réinsertion sociale et professionnelle des personnes en situation de précarité et d'exclusion.

L'Archipel - Association Aurore

Forte de cette longue expérience, l'association propose et expérimente des formes d'accompagnement qui suivent l'évolution de la précarité et de l'exclusion. À l'époque de L'Archipel, elle accompagnait plus de 20 000 personnes par an, employait plus de 1 500 salariés et gérait 150 établissements, principalement en Île-de-France.

Son action s'organisait autour de trois axes :

  • Héberger

    • Pôle Urgence : hébergement d'urgence et aide alimentaire pour les personnes sans abri.
    • Pôle Hébergement : accueil, hébergement et accompagnement de publics variés.
    • Pôle Habitat : intermédiation locative, location solidaire et gestion de logements sociaux pour des personnes en situation d'exclusion.
  • Soigner

    • Pôle Addictions Santé Précarité : accompagnement et soins des personnes toxicomanes.
    • Pôle Accueil et Soins Psychiques : accueil, hébergement, soins et soutien à l'autonomie des personnes en situation de handicap psychique.
  • Insérer

    • Pôle Insertion Professionnelle : insertion socioprofessionnelle de personnes éloignées de l'emploi.
    • Pôle ESAT : réinsertion professionnelle de travailleurs handicapés par la maladie mentale.

Chargée des anciens locaux de l'INPI depuis 2012, Aurore a voulu développer dans l'ancienne chapelle et le bâtiment voisin un projet social d'envergure, fondé sur l'insertion par le beau. L'Archipel en est issu : un lieu à la fois espace événementiel, coworking et programmation socioculturelle inclusive.

Les activités

Activités de L'Archipel à Paris.

Le projet visait à créer un lieu aux multiples visages, ouvert à tous. Pensé comme un espace d'innovation collective tourné vers l'Europe, L'Archipel restait très ancré dans son quartier. Il misait sur la mixité sociale, l'inclusion, l'ouverture sur le voisinage et l'émulation collective.

Les activités solidaires s'organisaient autour du centre d'hébergement d'urgence et soutenaient, directement ou indirectement, la mission d'Aurore. Les résidents étaient placés au centre du projet. Le lieu s'adressait aussi aux habitants du quartier, aux enfants scolarisés dans le 8e arrondissement, aux usagers des autres structures d'Aurore, aux Parisiens et aux touristes. Les entrepreneurs sociaux et toute personne cherchant un endroit pour partager, créer, travailler ou se cultiver y avaient également leur place.

Le cœur du site était la Nef, une chapelle désacralisée qui servait autrefois de bibliothèque à l'INPI. Elle a été réaménagée avec l'aide de 80 salariés du Château de Versailles et de Coca-Cola, ainsi que de personnes hébergées au centre. Autour d'elle, L'Archipel réunissait une boutique de troc solidaire, un espace de coworking, une programmation hebdomadaire, des brunchs, des cours de yoga et de nombreux événements publics et privés.

Le TrocShop

TrocShop solidaire de L'Archipel.

Le TrocShop était la boutique de troc solidaire de L'Archipel. Elle s'est ensuite installée sur le site des Grands Voisins, dans le 14e arrondissement.

Le principe était simple : un objet apporté contre un objet récupéré. Tout pouvait s'y échanger, sauf les meubles : vêtements, accessoires, produits de beauté, CD ou DVD. Les articles s'adressaient aux hommes, aux femmes et aux enfants, dans toutes les tailles et pour tous les goûts.

Le Happy Saturday

Détente en hamac à L'Archipel.

Le samedi, L'Archipel proposait une formule de détente baptisée « Happy Saturday », à vivre seul, à deux ou en groupe. L'équipe la présentait comme un moyen d'oublier la grisaille, la pollution et « les vilains pigeons » pour bien commencer le week-end. La formule misait sur des plaisirs simples et reposait sur trois activités.

Je me plonge dans de bons bouquins

Troc Livres de L'Archipel.

La bibliothèque de la Nef comptait plus de 8 000 ouvrages : romans, livres pour enfants, récits de voyage et bien d'autres titres. Les visiteurs pouvaient y échanger les livres déjà lus, de Marc Levy au Portrait de Dorian Gray en passant par Les Muchachas, contre de nouveaux. Les rayonnages étaient classés par thèmes. Les plus pressés piochaient dans la sélection de la semaine, les autres flânaient avant d'entamer un premier chapitre dans un hamac, un jus bio à la main. Le Troc Livres était ouvert tous les samedis de 12 h à 19 h.

Je sirote paresseusement

La Nef faisait aussi office de buvette. On y servait des jus bio, du café et du thé issu du commerce équitable, à déguster assis ou allongé dans un hamac. L'équipe présentait l'endroit comme une alternative aux terrasses bondées avec vue sur les bus de la RATP. La buvette était ouverte tous les samedis de 12 h à 19 h.

Je refais mon dressing de façon « solidaire »

Le troisième volet invitait à renouveler sa garde-robe sans attendre devant les cabines d'essayage des grands magasins ni guetter un colis commandé en ligne. En 2016, L'Archipel encourageait une consommation plus solidaire, responsable et circulaire grâce au TrocShop. La règle restait la même : un objet apporté, un objet emporté. Le TrocShop était ouvert tous les samedis de 12 h à 19 h.

La Promenade du dimanche

Chaque dimanche, la Nef de 300 m² accueillait le public pour une escapade réconfortante. Sa bibliothèque de plus de 8 000 ouvrages était installée sous une voûte de 15 mètres de haut. Le programme associait nourriture du corps et de l'esprit, détente et évasion, pour finir la semaine en douceur.

#FeelGoodBrunch

Feel Good Brunch de L'Archipel.

De 12 h à 14 h 30, la Nef servait un brunch solidaire préparé par les cuisiniers invités par Les Camionneuses, partenaire du lieu. La formule complète (entrée, plat et dessert) coûtait 18 euros, auxquels s'ajoutaient 2 euros de participation solidaire. Cette somme finançait des loisirs et des repas de fête pour les personnes hébergées dans le centre d'hébergement d'urgence du bâtiment. L'équipe parlait de « Feel Good Effect ».

Plusieurs chefs se sont succédé au fil de la saison :

  • En mars, Julien Zattara a apporté la cuisine traditionnelle mexicaine de BocaMexa. Déjà rodé à la restauration, il avait fondé deux ans plus tôt ce restaurant du 127 rue Mouffetard (Paris 5e) avec Luis Angeles, pour faire connaître la cuisine et la culture latino. Au menu : chilaquiles verde au poulet mariné selon une recette maya et purée de haricots noirs, botana de queso au fromage frais et compotée d'abricot au chipotle, puis pastel de elote con cajeta.
  • En avril et en juin, Céline Pham a fait découvrir la cuisine vietnamienne : banh-mi au poulet croustillant, soupe pho, brioches vapeur au canard confit au miso, bœuf bourguignon vietnamien, cheesecake mangue-citron vert ou banane tatin. Passée par l'école Ferrandi puis par les cuisines de Saturne, Chez Aline et Septime, elle cuisinait à domicile et pour des événements privés. Elle venait de publier le livre Vietnam aux éditions La Plage.
  • En mai, les Pink Ladies, deux sœurs jumelles, ont composé un menu tout en rose : crab roll avec salade de mesclun et pomelos, bun au pastrami de veau et coleslaw rose, tartelettes aux fraises maison, infusion hibiscus-gingembre ou bière rose de microbrasserie.
  • En septembre, Les Camionneuses ont invité Stéphanie Denis : salade de chou rouge mariné aux agrumes et noisettes grillées, curry de poulet aux légumes de saison et potimarron rôti au miel, puis gâteau moelleux citron-pavot au glaçage citron vert.

Les cours de yoga

Brunch solidaire de L'Archipel.

De 17 h à 18 h 30, la journée se terminait par un cours de yoga sous la voûte de la Nef. Il était animé par l'association Tout ça pour ça et ouvert à tous, au tarif de 20 euros la séance d'une heure et demie. Les bénéficiaires d'Aurore pouvaient y participer gratuitement. L'agenda du lieu complétait régulièrement ce programme du dimanche par d'autres rendez-vous.

In Code We Trust

Sous le nom « In Code We Trust », L'Archipel mettait en avant le travail de Simplon.co, son partenaire dans le domaine du numérique. Labellisée French Tech et sélectionnée dans le cadre de l'initiative présidentielle « La France s'engage », Simplon.co est une entreprise agréée solidaire. Elle propose des formations gratuites de développeur web et mobile ou de référent numérique. Ces cursus s'adressent aux demandeurs d'emploi, aux allocataires du RSA, aux jeunes des quartiers populaires, des diasporas et des zones rurales. Ils visent aussi les filles, encore peu nombreuses dans les métiers techniques du numérique.

Née à Montreuil (93), l'initiative a ouvert une promotion détachée en ZUS à Villeneuve-la-Garenne (92), une filiale à Cluj, en Roumanie, et une école numérique rurale au cœur du parc naturel régional du Perche. D'autres implantations étaient alors en préparation.

En moins d'un an, plus de 300 demandeurs d'emploi ou allocataires du RSA issus de quartiers populaires et de milieux modestes y ont été formés à la programmation web et mobile. S'y ajoutaient une centaine de salariés et plus de 500 enfants, accueillis dans les ateliers Kids Coding Club des Compagnons du DEV, l'association d'intérêt général jumelle de Simplon.co.

Une vingtaine d'applications et de projets sont nés ou ont été incubés chez Simplon.co, dont Stop le contrôle au faciès, Job For Change, I Wheel Share, Lost In Immersion, Billetgratuit, Fewhourz, Dear Muesli et MesObjets. Certains ont été primés lors de concours ou de hackathons. Simplon.co a elle-même reçu plusieurs distinctions pour son alliance entre innovation numérique et innovation sociale : prix Samsung, CREENSO, Échappée Volée, bourse « innovation grant » de LinkedIn aux États-Unis et mention sociale du Grand Prix de l'Innovation de la Ville de Paris.

Kids Coding Club

Kids Coding Club à L'Archipel.

Kids Coding Club est une initiative destinée à faire découvrir et aimer la programmation aux enfants et à leurs parents. Elle repose sur une conviction simple : si la programmation permet de créer, de structurer ses idées et de donner vie à sa créativité, elle convient aussi aux enfants. Des outils comme Scratch ou Lego Mindstorms les aident à s'approprier la technologie en apprenant par le jeu.

Encadrés par un adulte spécialisé, formé par une équipe de pédagogues et d'experts du domaine, les enfants de 7 à 14 ans découvrent la programmation et réalisent leurs propres projets. Robots, jeux, animations, applications web ou objets connectés : le choix est large, et la seule limite reste l'imagination des participants.

Les ateliers suivent une progression en trois étapes :

  1. Exploration : découverte des notions de programmation et premières réalisations.
  2. Construction : assemblage des premiers programmes, seul ou en groupe.
  3. Transformation : chaque enfant crée selon sa propre créativité.

Ils se déclinent en quatre modules : programmation informatique, robotique, objets connectés et électronique DIY, impression 3D.

Kids Coding Club est une marque des Compagnons du DEV, une association loi 1901 déclarée d'intérêt général et à gestion désintéressée. Elle promeut l'éducation aux technologies de l'information, l'apprentissage du code et l'accès à la robotique, aux objets connectés et au « Do It Yourself », en particulier auprès des enfants, des seniors et des publics fragiles.

Le Bar à Couture

Le Bar à Couture est né de la volonté des personnes hébergées, en majorité des femmes, d'embellir le lieu et de faire du beau un levier d'insertion. Agathe, costumière professionnelle, s'est installée en résidence à L'Archipel pour créer des rencontres autour de la couture.

En parallèle de son travail pour plusieurs théâtres nationaux, elle consacrait une journée par semaine aux personnes accueillies. Elle les accompagnait dans des projets solidaires : défilés de mode, customisation et détournement de vêtements. Le dimanche, les 12 machines offertes par Singer étaient mises à la disposition du public, pour des ateliers à thème de trois heures (40 euros) ou en location à l'heure (4 euros).

Le Café de L'Archipel

Repas solidaire à L'Archipel.

Le 24 mars 2015, un comptoir Baluchon a ouvert au Café de L'Archipel. Il fonctionnait du lundi au vendredi, de 11 h 30 à 14 h 30. Les plats étaient préparés uniquement avec des produits frais, locaux et de saison : sandwichs confectionnés le matin même, salades, plats chauds, soupes en hiver, desserts maison et boissons fraîches. Les formules coûtaient moins de 10 euros.

Baluchon est une entreprise solidaire d'utilité sociale qui employait alors 25 salariés. Les deux tiers d'entre eux suivaient un parcours de formation vers les métiers de la restauration et de la livraison.

Concerts et événements

Événements dans la Nef de L'Archipel.

La Nef accueillait une programmation hebdomadaire variée, annoncée dans l'agenda du lieu. Brunchs, ateliers, cours de yoga, troc de livres et siestes dans des hamacs s'y succédaient, tout comme des ateliers pour apprendre à réparer des meubles.

La musique y avait aussi sa place. Avec Petit Bain, partenaire de L'Archipel, des concerts acoustiques étaient organisés dans la chapelle pendant la pause de midi. La formule attirait les salariés des bureaux du quartier, qui partageaient le repas avec les personnes hébergées. Selon l'équipe de Petit Bain, c'est à L'Archipel qu'est née l'idée de proposer des concerts dans des lieux d'hébergement social, développée à partir de 2016 avec son projet Welcome.

Le mardi soir, de 20 h à 23 h, la Nef recevait également les « mardis du Coworking ». Les espaces accueillaient enfin de nombreux événements privés, présentés dans la partie consacrée à la privatisation.

Le coworking

Espace coworking de L'Archipel.

En partenariat avec La Ruche, L'Archipel proposait 30 places de coworking réservées à des projets à impact social. L'offre visait les entrepreneurs sociaux, les coworkers européens, les indépendants dont l'activité avait une dimension solidaire, les acteurs citoyens et les innovateurs de l'économie sociale et solidaire.

L'espace occupait deux étages du bâtiment voisin de la Nef. Il était accessible de 9 h à 22 h en semaine et de 11 h à 18 h le week-end. Les coworkers pouvaient notamment :

  • travailler dans un environnement stimulant et chaleureux ;
  • échanger au quotidien avec des personnes partageant les mêmes préoccupations professionnelles ;
  • s'appuyer sur l'expérience de tout le réseau Aurore ;
  • utiliser plusieurs espaces dédiés aux réunions, à l'entraide, à la conversation et à la reprographie ;
  • boire du café et du thé à volonté au Café de L'Archipel ;
  • s'installer dans les alcôves de la Nef lorsqu'elle n'était pas privatisée ;
  • participer aux « mardis du Coworking » et aux rendez-vous hebdomadaires, comme le « good morning » du lundi et les apéros pitch ;
  • développer des projets en lien avec le centre d'hébergement d'urgence.

Autres activités

L'équipe de L'Archipel partait du principe que l'innovation naît de la mixité. Le lieu proposait donc de nombreux ateliers mixtes aux résidents du centre et à l'ensemble des bénéficiaires d'Aurore. Certains leur étaient réservés, d'autres étaient ouverts à tous. Ces activités culturelles et éducatives visaient à lutter contre l'exclusion, à stimuler l'innovation et à créer de la mixité sociale en resserrant les liens entre les personnes.

  • Feel Good Song. Leïla, chanteuse, dirigeait la chorale de L'Archipel, conçue pour faire entendre toutes les voix présentes dans le lieu. Savoir chanter n'était pas nécessaire : l'objectif était de passer un bon moment ensemble. La chorale s'adressait aussi à ceux qui travaillaient ou vivaient dans le quartier. On déjeunait au café à 12 h 30, puis, de 13 h à 14 h, on enchaînait exercices de respiration, travail de la voix et chansons choisies par le groupe. Gratuite, elle était ouverte aux résidents, aux bénéficiaires d'Aurore et au public extérieur.
  • Ateliers « Fabrique à chansons ». Avec Fausse Note, Peggy Rolland, pianiste de formation et chanteuse autodidacte, invitait les enfants du centre d'hébergement d'urgence à s'exprimer en musique. Ensemble, ils écrivaient des textes et composaient des mélodies. Pour les enfants, ces ateliers étaient une vraie bouffée d'oxygène et révélaient souvent de jolis talents.
  • L'atelier des adolescents, à partir de 11 ans, se tenait le lundi de 18 h à 19 h dans la Nef et était réservé aux bénéficiaires d'Aurore. L'atelier des enfants de 7 à 10 ans avait lieu le lundi de 17 h à 18 h. Il portait sur le projet artistique « La Caravane des dix mots » : dix mots imposés, travaillés pour leur musicalité puis mis en chanson. Cet atelier était ouvert à tous, avec une participation forfaitaire pour les non-bénéficiaires d'Aurore.
  • Cours de yoga. Un professeur de Tout ça pour ça animait un cours de yoga mixte, adapté aux débutants comme aux pratiquants confirmés, aux enfants, aux adultes et aux femmes enceintes. Il avait lieu le mardi de 20 h à 21 h dans la salle polyvalente. Les non-bénéficiaires d'Aurore participaient par un don libre à partir de 5 euros.
  • Atelier d'autodéfense pour femmes. Proposé avec l'association Osez le féminisme, cet atelier ludique et physique posait les bases de l'autodéfense, verbale comme gestuelle. Il était réservé aux bénéficiaires féminines d'Aurore et se tenait le jeudi de 20 h à 21 h dans la salle polyvalente.
  • Le Troc Livres. Chacun pouvait échanger ses livres contre ceux de la bibliothèque de la Nef, riche de plus de 8 000 ouvrages. La règle était simple : un livre apporté, un livre récupéré. Le Troc Livres était ouvert à tous.

Les partenaires

Partenaires de L'Archipel.
  • Dès ses débuts, L'Archipel a bénéficié du soutien de nombreux partenaires. Ils ont mis leur expérience professionnelle et leur expertise au service du projet, en complément du savoir-faire associatif d'Aurore : création du site internet, décoration, relais commercial, diffusion et promotion du lieu ou encore recherche de partenariats. Ces structures ont joué un rôle clé dans la conception et la mise en œuvre de L'Archipel, et ont continué à accompagner Aurore par la suite.
  • Baluchon. Cette entreprise solidaire d'utilité sociale propose à des personnes éloignées de l'emploi de reprendre en main leur parcours économique et social, en préparant ensemble de petits plats cuisinés. Créée le 1er novembre 2014 à Romainville, en Seine-Saint-Denis, elle accueille ses salariés en insertion pour une durée de 10 à 24 mois. Ils y découvrent les exigences des métiers de la restauration et de la logistique. L'équipe poursuit trois objectifs : cuisiner uniquement des produits frais, de saison et non transformés, de préférence locaux et issus d'une agriculture respectueuse de l'environnement ; favoriser l'accès de tous à une alimentation bonne, saine et juste ; créer des emplois en Seine-Saint-Denis.
  • Les Camionneuses. Elles offrent aux porteurs de projet et aux entrepreneurs culinaires des services économiques et flexibles : cuisine partagée, réseau d'opportunités, achats mutualisés et d'autres services communs. Pour les gourmands, elles recensent les meilleurs endroits où goûter les plats de ces nouveaux talents. Les quatre fondatrices, amies de longue date, se sont inspirées du succès des food trucks et des cuisines partagées aux États-Unis. Leur ambition : rendre la gastronomie accessible partout, tout le temps et à moindre prix. En janvier 2014, elles ont lancé L'Office, la première cuisine partagée d'Île-de-France.
  • Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves). Cette association fédère et représente les dirigeantes et dirigeants d'entreprises sociales, qui mettent l'efficacité économique au service de l'intérêt général. Elle s'est fixé trois missions : faire grandir une large communauté d'entrepreneurs sociaux, faire connaître leurs secteurs, leurs métiers et leurs solutions, et contribuer à un environnement politique favorable à leur développement, en France comme en Europe.
  • My Little Paris. Créée en 2008, My Little Paris réunit une communauté de plus d'un million de Parisiennes et de Parisiens autour de bons plans, d'adresses insolites et de box surprises mensuelles. Tout est parti d'une newsletter envoyée à quelques amies, mêlant conseils, bonnes adresses et graphisme soigné. En quelques mois, le bouche-à-oreille l'a portée à plus de 10 000 abonnés. Illustrations faites à la main, refus de vendre sa base de données, transparence envers les abonnés et annonceurs intégrés à l'univers de la marque ont forgé son modèle. Le concept s'est étendu à Lyon et Marseille et décliné en plusieurs thématiques : Wedding, Kids ou Merci Alfred pour le public masculin.
  • Simplon.co. Cette entreprise agréée solidaire, labellisée French Tech, forme gratuitement aux métiers du numérique des personnes éloignées de l'emploi. Son action est détaillée plus haut, dans la partie In Code We Trust.
  • Les Compagnons du Dev. Fondée en juin 2013, l'association veut donner les clés du monde numérique au public le plus large possible. Au-delà de la maîtrise des outils, elle aide les citoyens à devenir des « artisans du numérique ». Son accompagnement éducatif en programmation et en nouvelles technologies doit ouvrir de nouvelles voies vers l'éducation, l'emploi, la culture et le lien social.
  • Ensemble Communications Participatives. Membre du programme européen « TRANSITION, booster de l'innovation sociale », la structure a été largement citée dans les médias. Elle a développé des méthodes pour créer ou restaurer des liens là où ils sont rompus et renforcer la participation de chacun à des dynamiques collectives. Elle favorise aussi le dialogue entre les personnes ou les communautés et les professionnels qu'elles rencontrent. La communication participative est également une méthode d'empowerment, qui encourage l'engagement autour de projets collectifs.
  • Petit Bain. Équipement culturel flottant, Petit Bain réunit une salle de concerts, un restaurant, une entreprise d'insertion et une coopérative. La barge a été imaginée par le collectif d'architectes Encore Heureux et s'organise sur trois niveaux : terrasse végétalisée, restaurant et salle de concert avec studio d'enregistrement. Le lieu associe événements artistiques, insertion par l'activité économique et expérimentation, et se veut un espace de découverte et de rencontre.

Privatisation

La plupart des espaces de L'Archipel pouvaient accueillir des événements tout au long de l'année. Au total, environ 600 m² étaient privatisables par des agences, des entreprises, des associations et des particuliers. La chapelle, les alcôves en balcon et les salles de réunion s'adaptaient à chaque format : séminaires, conférences, workshops, concerts, défilés, expositions, réunions créatives, cocktails, spectacles et autres événements culturels.

À la clôture du projet, le lieu totalisait plus de 150 privatisations en 18 mois. Parmi les organisateurs figuraient :

  • des entreprises et institutions : Le Monde, Media.Com, Pages jaunes, M6, Coyote Production, ATTAC, Galeries Lafayette, Banque mondiale, Crédit municipal, Google, Facebook, Ubisoft, Hogan Lovells, Orange, Boston Consulting Group, Vinci, SNCF, Banque populaire, Air Liquide, l'ANRU, Ashoka ;
  • des associations : Action Tank d'HEC, Habitat et Humanisme, Groupe SOS, Mouves, 100 Barbares, Ticket for Change, Fondation Immochan, Les Nouveaux Robinson, AFEV, Co-City, Unis-Cité, ESSEC Antropia, Avise.

Conclusion

L'Archipel a fermé ses portes à l'été 2016. Le projet avait été conçu dès le départ comme temporaire : le bâtiment n'était confié à Aurore que pour une durée limitée et devait ensuite être transformé en logements. Une fête de clôture a réuni l'équipe et le public le vendredi 1er juillet 2016, puis Aurore a rendu les clés du site au cours de l'été.

En un peu plus de deux ans, le lieu a fait se croiser des familles hébergées, des habitants du quartier, des entrepreneurs sociaux et des salariés des bureaux voisins. Brunchs, ateliers, concerts et plus de 150 événements privés ont rythmé cette période. Plusieurs initiatives ont survécu à la fermeture : le TrocShop a rejoint les Grands Voisins, et Petit Bain a prolongé l'expérience des concerts en centre d'hébergement avec son projet Welcome. Aurore a ensuite ouvert d'autres sites associant hébergement et activités, comme Les Cinq Toits, dans le 16e arrondissement, avec Plateau Urbain.

L'État a cédé le bâtiment au bailleur social Élogie-Siemp. En février 2018, la première pierre d'un programme de 87 logements sociaux y a été posée, dans l'un des arrondissements parisiens les moins dotés en logements sociaux.